Les tribulations d’un végétarien à Paris

Aujourd’hui je partage avec vous un article publié le 8 août dans le Point.Fr par .

Sources : Point.Fr
Publié le 08.08.2013
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Les tribulations d’un végétarien à Paris

"On se fait une terrasse à midi ?" La proposition fait l’effet d’une bombe. Pour un végétarien fraîchement débarqué dans la capitale, décider d’un déjeuner spontané en France est une affaire de survie en milieu hostile. Alors que les rues de Paris débordent de boulangeries, cafés, brasseries et bistrots, manger avec des amis ou des collègues non végétariens est un véritable calvaire.

Après quinze années de crises alimentaires – vache folle, poulet aux hormones et autres scandales carnivores -, on aurait pu s’attendre à une poussée de végétarisme en France. Mais dans un pays où moins de 3 % de la population ne consomme pas de viande, vivre – et manger – en société pour un veggie (végétarien en anglais) est extrêmement difficile. Car le problème de la gastronomie française, c’est le poids de la tradition.

En effet, à moins de choisir des restaurants spécialement végétariens (qui existent bel et bien, dont de très bonnes adresses), un veggie trouvera, au mieux, un plat, voire deux, en accord avec ses convictions : la fameuse salade de chèvre chaud (qu’il faudra délester de ses lardons) ou une omelette nature, aux champignons dans le meilleur des cas. Ainsi, aller au restaurant, une activité normalement agréable, devient une véritable épreuve nécessitant préparation, vérifications préalables et organisation quasi militaire. Adieu les repas improvisés à la pause déjeuner, ou les tablées choisies au gré d’une promenade le soir venu.
Le végétarisme, un sport de combat

Car quand il s’agit de passer commande face à une carte ne proposant, très souvent, aucune option sans viande, le végétarisme devient un sport de combat. La scène est cocasse : d’abord, demander des précisions au serveur, en s’excusant de son régime, mais en passant tout de même pour un militant bourgeois bien pensant et terriblement exaspérant. Soit. La suite, quant à elle, est royale :

- J’ai une salade avec du poulet.

- Oui, mais j’ai demandé sans viande.

- Ce n’est pas de la viande, c’est du poulet.

L’offre est aussi pauvre que l’incompréhension est grande. On en vient à commander une salade au saumon sans saumon ou une pizza au chorizo sans chorizo. Des plats payés au prix fort, évidemment, tout en continuant à sourire au serveur agacé qui hausse le sourcil, incrédule. L’épreuve est la même quand il s’agit d’acheter une salade ou un sandwich dans une boulangerie :

- Vous auriez une salade ou un sandwich végétarien s’il vous plaît ?

- Oui, j’ai une salade au thon ou un sandwich au poulet.
"Mais ils mangent quoi au juste, du foin ?"

Et lorsqu’on insiste et qu’un serveur s’en retourne, soupirant, en cuisine "pour voir ce qu’il peut faire", on peut entendre la voix grondante du chef hurler : "Mais qu’est-ce qu’ils mangent, ceux-là, au juste, du foin ?" Car c’est là que réside tout le malaise : la cuisine française est figée, les Français n’imaginent pas que l’on puisse bien manger sans viande. L’esprit carnivore ne peut concevoir qu’un régime végétarien puisse présenter beaucoup de variété.

Sans oublier qu’après avoir bataillé pour obtenir un menu sans viande devant une sale bondée et curieuse de l’étrangeté de la requête, il faut ensuite justifier ses choix auprès de ses convives. En règle générale, plus on essaye d’expliquer ses motivations, plus on suscite l’animosité. Les commentaires fusent, allant du naturalisme ("les hommes, ça mange de la viande") au politique ("de toute façon, le végétarisme, c’est une alimentation bourgeoise"), jusqu’aux arguments éculés ("et le cri de la carotte ? Elle souffre quand on la pèle, elle aussi !").

Le quotidien d’un végétarien français n’est donc pas aisé. Contrairement à d’autres pays européens, où le veggie mène son bonhomme de chemin en toute quiétude. De l’autre côté du Rhin, McDonald’s propose depuis 2010 un menu végétarien aux Allemands qui ne mangent pas de viande. Chez nous, le wrap au chèvre de Mac Do n’a même pas survécu un an, faute de rentabilité. En Grande-Bretagne, souvent raillée pour son inculture gastronomique, tout restaurant propose systématiquement plusieurs options veggies équilibrées dans ses menus. Nos voisins britanniques ne badinent pas avec les convictions culinaires : un label "végétarien" permet même de s’assurer qu’aucune graisse ou molécule animale n’a été ajoutée dans les gâteaux, bonbons ou démaquillants. Bref, la France a encore un long chemin à parcourir…

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11 réflexions sur “Les tribulations d’un végétarien à Paris

  1. Ton article me parle tellement ! Encore ce midi, pour une pause dej’ très tardive je décide de me rabattre sur un sandwich et là…..ça s’est compliqué ! En dehors du sandwich tomate mozza en taile mini pouce à 5 euros je n’ai rien trouvé…..du tout. J’ai fini avec un paquet de chips Too Good.
    Par contre certains restaurateurs sont vraiment très cool, je suis allée dans un resto méga carnivore (magret, foie gras, os à moelle….) avec des amies et il n’y avait rien à la carte. J’ai demandé si je pouvais avoir une petite salade VG et j’ai eu une méga salade trop bonne.
    Si un label VG existait notre vie serait quand même simplifiée et on passerait moins de temps à lire les étiquettes de ce qu’on achète !

  2. Encore hier soir ! Tellement contente d’avoir un menu végétalien dans un resto traditionnel je ne me suis pas soucié du prix de mon assiette… Finalement ma salade a été facturée au prix le plus cher de la carte…….. Ça m’énerve !!!!!!!

  3. Ah ah ah ! C’est tellement ça ! Et c’est encore pire quand on ne mange ni oeuf ni fromage…

  4. Réponse : impossible ! Mais dans mon cas, je préfère "céder" sur une omelette (si on me dit que les œufs sont fermiers) que des produits laitiers !

  5. Ah! Que c’est bon de lire un article pareil. L’impossibilité d’avoir un repas végétarien dans les restau est une des raisons majeures qui me poussent à ne jamais y aller. De temps en temps dans des restos asiatiques où je ne prends que des "accompagnements". Ou alors oui concession sur un oeuf. Et le prix exorbitant pour 3 feuilles de salade et deux rondelles de tomates contrairement au très bon prix de l’entrecôte ou du machin tout mou en gratin de fromage de vache.
    Bon je pense qu’il faut bien demander et "déranger" un peu pour que les restaurateurs adaptent leur offre. Ils ne sont pas tous au courant du végétarisme galopant! (espérons qu’il soit galopant)
    Merci de partager cet article ! ;)

  6. Bonjour Valentin et bienvenu !
    Merci doublement pour ton commentaire. Ainsi, je vois que je ne suis pas la seule à pester devant la facture de ma salade de patate ! Merci également car grâce à ton passage par ici, j’ai fait connaissance avec ton blog qui me plait bien !
    À bientôt

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